La Fondation de l’islam de France (FIF) perd son statut d’utilité publique. Un décret du ministère de l’Intérieur l'a confirmé ce jeudi. Pour le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, la décision est incompréhensible.
C'est un coup dur pour les initiatives visant à structurer un islam profane et culturel en France. Par un décret paru au Journal officiel ce jeudi, la Fondation de l'islam de France (FIF) perd la reconnaissance d'utilité publique délivrée par le ministère de l'Intérieur. Créée au lendemain des attentats de 2015, l'institution avait pour mission de favoriser la recherche scientifique, de financer la formation laïque, d'attribuer des bourses d'études et d'encourager des projets culturels afin de faire progresser la connaissance de l'islam dans le cadre républicain.
Des promesses financières non tenues
Le retrait de la Fondation de l'Islam de France est justifié par son "incapacité" à mobiliser les fonds nécessaires à la réalisation de son objet social. Une explication contestée par les acteurs religieux locaux, parmi lesquels Kamel Kabtane. Dans un communiqué, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon rappelle qu'en 2020, le président de la République, Emmanuel Macron, avait annoncé la mobilisation d'une enveloppe de 10 millions d'euros en faveur de la FIF. Or, dès 2024, son président Ghaleb Bencheikh tirait la sonnette d'alarme, affirmant n'avoir jamais perçu ces fonds et alertant sur la situation financière critique de l'organisme. "Comment peut-on annoncer solennellement le soutien de l'État à une institution, la laisser progressivement privée des moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission, puis constater son incapacité à poursuivre son objet ?", s'intérroge le recteur de Grande mosquée de Lyon
Une décision jugée contradictoire
Pourtant, le bilan de la FIF est réel. La fondation a financé des bourses d'études. Elle a aussi créé des formations universitaires et organisé des conférences. Pour le recteur lyonnais, ce retrait est une "occasion manquée". Il dénonce une "contradiction majeure" face à la montée des obscurantismes. Il cite notamment la venue à Lyon des activistes d'extrême droite "Save Europe Act". Plus loin, Kamel Kabtane exige toute la transparence sur les 10 millions d'euros promis. Selon lui, la France doit clarifier sa politique envers la communauté musulmane.
B.A.T