Benoit Stupici, fondateur de l’entreprise basée à Charly spécialisée dans les roues de vélo, et son associé Nicolas Grossi expliquent pourquoi Asterion bénéficie du boom des mobilités douces tout en s’adressant à un public de compétiteurs et d’amateurs avertis appréciant le beau matériel.
Comment est née Asterion ?
Benoit Stupici: J’ai eu l’idée de créer Asterion en 2009. Ça faisait alors déjà une dizaine d’années que je montais des roues de vélo en amateur, par passion. Vététiste depuis le début des années 80, je me suis rendu compte - un peu par hasard - de l’importance capitale des roues à l’occasion d’un changement de matériel et de sa préparation par mon voisin. Elles jouent en dynamique, dans le comportement et les performances des vélos ainsi que par les sensations que cela procure.
Ingénieur électronique de formation, en tant que responsable R&D dans une société, j’avais accès à des moyens de tests. Comme il y avait une sorte de monopole des grandes marques industrielles sur ce savoir alors que le montage artisanal des roues s’était perdu, j’ai effectué des recherches pour comprendre quels étaient les paramètres importants et les techniques qui fonctionnaient.
Pourquoi cette passion est-elle devenue votre activité ?
Benoit Stupici: En 2009, subissant les conséquences de la crise financière, le bureau d’études dans lequel je travaillais a fermé. Je me suis dit que c’était l’occasion d’aller à fond sur ce projet roues qui me plaisait depuis longtemps. C’est ainsi qu’Asterion a ouvert en 2011. Comme je bénéficiais déjà d’une petite réputation, sans même faire de publicité, les premières commandes sont arrivées par le bouche-à-oreille. Puis c’est allé crescendo.
Nicolas Grossi: C’est à ce moment-là que j’ai rejoint l’entreprise pour développer la partie commerciale avant de devenir associé en 2016. Mais j’ai toujours travaillé dans le vélo, en boutique notamment, que ce soit en France ou à l’étranger. Ce qui me plait chez Asterion, c’est la passion du beau produit qui nous anime. En tant que pratiquant passionné, on ressent vraiment le soin apporté. C’est un double plaisir : au travail et sur son vélo. La roue est plus vive, le vélo accélère plus facilement, les trajectoires sont plus précises.
Quel est le métier d’Asterion ?
Nicolas Grossi: Nous sommes avant tout des artisans monteurs. Notre valeur ajoutée réside dans le soin et la qualité de l’assemblage du moyeu, de la jante et des rayons. Il s’agit de créer une roue bien ronde avec des tensions homogènes. Certains de nos monteurs, qui ont un passé de musiciens, finissent le réglage au son du rayon en passant leur ongle dessus pour voir s’ils produisent tous la même note. Une roue de vélo, c’est vraiment comme un instrument de musique. Quelle que soit la qualité du matériel, si l’accordage n’est pas bon ça sonne faux. Le montage représente la moitié de la performance. Nous avons la chance d’avoir un super mécano qui a fait une quinzaine de Tour de France, travaillant notamment pour Bernard Hinault et Greg LeMond. Une grande partie des clients viennent nous voir directement. On peut donc s’adapter à leurs besoins et livrer une paire de roues correspondant à leurs attentes en affinant les réglages. Il y a beaucoup de sur-mesure. Asterion, c’est la haute-couture du vélo.
Fabriquez-vous du matériel ?
Benoit Stupici: Nous concevons et développons nos propres pièces quand on ne trouve pas un standard dans le commerce. Par exemple, sur le marché du moyeu haut de gamme, assez léger, performant et à tarif raisonnable, il n’y avait pas grand chose. Nous avons réussi à en concevoir et à les faire fabriquer entièrement en France.
Nicolas Grossi: Pour certaines jantes carbone, nous avons dessiné nos propres formes et nos moules avant de sous-traiter la fabrication à des spécialistes du composite. On a aussi développé de l’outillage spécifique pour le montage de roues. De manière générale, Asterion se fournit d’abord en France et en Europe.
Comment se positionne Asterion ?
Benoit Stupici: Dès le départ, notre volonté était de proposer quelque chose qu’on ne trouvait pas sur le marché. Asterion se situe entre les roues industrielles pas du tout personnalisées et les quelques amateurs français très pointus dont j’étais qui ne travaillent que pour des connaissances et pas pour le grand public. Comme toute structure importante, nous possédons des outils de contrôle qualité, on peut effectuer du dépannage et nous offrons un service après-vente. Asterion, c’est le nom du Minotaure : mi-homme, mi-taureau. C’est celui qui prend le meilleur de l’industriel et de l’artisanat.